Birmanie - un zest d'ouverture de facade
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En Birmanie, l’ouverture politique n’a aucun effet sur l’emploi et les investissements
Alors qu’Hillary Clinton arrive aujourd’hui pour constater les progrès accomplis, l’économie locale est «léthargique»
A première vue, sur ce marché couvert de Hat Karon, dans le sud de la Thaïlande, Maung est un marchand comme les autres. A un détail près: il est d’origine birmane. «Je viens ici pendant la haute saison. Dans mon pays, il n’y a pas de travail», expose-t-il. Et les effets de la politique d’ouverture du nouveau gouvernement sur son quotidien? Cet étudiant à Mandalay sourit mais baisse la tête, visiblement embarrassé.
«Tous les experts qui se sont penchés sur la situation du pays sont clairs: l’intérêt du gouvernement primera toujours sur celui du peuple», résume William Boot, journaliste à l’Irrawady, un mensuel édité par des expatriés birmans depuis la ville thaïlandaise de Chiang Mai.
Depuis un an, le régime, dit civil, mais encore largement contrôlé par les militaires, a pourtant adopté une série de réformes historiques pour tenter de mettre un terme aux sanctions internationales qui frappent le pays. Il a libéré des prisonniers politiques, autorisé des manifestations pacifiques et levé certaines restrictions pour la presse. Libérée il y a un an, la cheffe de file de l’opposition, Aung San Suu Kyi, a même été autorisée à confronter ses idées avec celles du nouveau président, cet été.
Cette ouverture a été récemment saluée par l’administration Obama. Mercredi, et jusqu’à la fin de la semaine, une délégation menée par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton se rendra d’ailleurs à Rangoon et à Naypyidaw, capitales économique et politique du pays, pour «engager des discussions et ouvrir le dialogue», selon Washington. Outre des intérêts plus géopolitiques qu’humanistes, les Etats-Unis veulent aussi «voir une Birmanie qui répond aux besoins de ses citoyens», a précisé le porte-parole, Mark Toner.
«Aucun grand changement n’est à attendre ces prochaines années», prévoit Marie Lall, une spécialiste indépendante des régions d’Asie du Sud-Est. Dans un rapport détaillé, le think tank United States Institut for Peace (USIP) a établi la liste des dix «chemins» à emprunter pour que la Birmanie progresse sur le plan économique. Il faut commencer par soutenir le secteur agricole, qui compte pour environ 50% du PIB, selon l’USIP. «La Birmanie a le potentiel pour redevenir le premier exportateur de riz d’Asie», estime l’un des auteurs de l’étude, Raymond Gilpin. «A condition que la production soit modernisée, que la commercialisation soit libéralisée et que le système de crédit soit amélioré», énumère-t-il. A l’exception des gros producteurs locaux et des filiales de conglomérats étrangers, l’accès au financement est impossible pour les petites et moyennes exploitations. Ou alors par le biais de prêteurs informels, qui pratiquent des taux pouvant aller jusqu’à 15% par mois. «Les agriculteurs se ruinent en empruntant. Du coup, ils n’investissent plus et produisent moins qu’avant, parce qu’ils n’utilisent plus de fertilisants et n’améliorent plus leur technique de récolte», note Raymond Gilpin.
Le catalogue de l’USIP cite aussi les infrastructures. Electricité, communications, autoroutes, ports et lieux d’accueil pour les touristes. Tout manque, selon le think tank américain. Et il y a aussi l’archaïsme du système de statistiques. Le dernier recensement officiel date des années 1930. Parmi d’autres recommandations figure encore la socialisation des bénéfices de l’extraction de matières premières, dont le pays est riche. «Cela pourrait améliorer sensiblement le confort social, mais aussi servir à réconcilier certaines minorités et le gouvernement», estime l’USIP. C’est en tout cas grâce aux investissements étrangers – surtout chinois – dans ce secteur que les chiffres financiers du pays progressent (+5,3% de croissance estimée en 2010), selon une étude de l’Economist Intelligence Unit (EIU). «A part ça, l’économie domestique restera léthargique. Le niveau de vie continue de baisser», estime l’EIU. Pour Marie Lall, tout espoir n’est pas perdu: «Une fois que les régions auront gagné en autonomie politique, des changements de fond prendront place.»
En attendant, Maung, lui, retournera en Birmanie à fin avril. Il ira donner une partie de son pécule à sa famille, restée dans le nord du pays. «Là-bas, témoigne-t-il, les affrontements entre la junte et les minorités continuent.» C’est «business as usual», conclut le journaliste William Boot.
http://www.letemps.ch/
A première vue, sur ce marché couvert de Hat Karon, dans le sud de la Thaïlande, Maung est un marchand comme les autres. A un détail près: il est d’origine birmane. «Je viens ici pendant la haute saison. Dans mon pays, il n’y a pas de travail», expose-t-il. Et les effets de la politique d’ouverture du nouveau gouvernement sur son quotidien? Cet étudiant à Mandalay sourit mais baisse la tête, visiblement embarrassé.
«Tous les experts qui se sont penchés sur la situation du pays sont clairs: l’intérêt du gouvernement primera toujours sur celui du peuple», résume William Boot, journaliste à l’Irrawady, un mensuel édité par des expatriés birmans depuis la ville thaïlandaise de Chiang Mai.
Depuis un an, le régime, dit civil, mais encore largement contrôlé par les militaires, a pourtant adopté une série de réformes historiques pour tenter de mettre un terme aux sanctions internationales qui frappent le pays. Il a libéré des prisonniers politiques, autorisé des manifestations pacifiques et levé certaines restrictions pour la presse. Libérée il y a un an, la cheffe de file de l’opposition, Aung San Suu Kyi, a même été autorisée à confronter ses idées avec celles du nouveau président, cet été.
Cette ouverture a été récemment saluée par l’administration Obama. Mercredi, et jusqu’à la fin de la semaine, une délégation menée par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton se rendra d’ailleurs à Rangoon et à Naypyidaw, capitales économique et politique du pays, pour «engager des discussions et ouvrir le dialogue», selon Washington. Outre des intérêts plus géopolitiques qu’humanistes, les Etats-Unis veulent aussi «voir une Birmanie qui répond aux besoins de ses citoyens», a précisé le porte-parole, Mark Toner.
«Aucun grand changement n’est à attendre ces prochaines années», prévoit Marie Lall, une spécialiste indépendante des régions d’Asie du Sud-Est. Dans un rapport détaillé, le think tank United States Institut for Peace (USIP) a établi la liste des dix «chemins» à emprunter pour que la Birmanie progresse sur le plan économique. Il faut commencer par soutenir le secteur agricole, qui compte pour environ 50% du PIB, selon l’USIP. «La Birmanie a le potentiel pour redevenir le premier exportateur de riz d’Asie», estime l’un des auteurs de l’étude, Raymond Gilpin. «A condition que la production soit modernisée, que la commercialisation soit libéralisée et que le système de crédit soit amélioré», énumère-t-il. A l’exception des gros producteurs locaux et des filiales de conglomérats étrangers, l’accès au financement est impossible pour les petites et moyennes exploitations. Ou alors par le biais de prêteurs informels, qui pratiquent des taux pouvant aller jusqu’à 15% par mois. «Les agriculteurs se ruinent en empruntant. Du coup, ils n’investissent plus et produisent moins qu’avant, parce qu’ils n’utilisent plus de fertilisants et n’améliorent plus leur technique de récolte», note Raymond Gilpin.
Le catalogue de l’USIP cite aussi les infrastructures. Electricité, communications, autoroutes, ports et lieux d’accueil pour les touristes. Tout manque, selon le think tank américain. Et il y a aussi l’archaïsme du système de statistiques. Le dernier recensement officiel date des années 1930. Parmi d’autres recommandations figure encore la socialisation des bénéfices de l’extraction de matières premières, dont le pays est riche. «Cela pourrait améliorer sensiblement le confort social, mais aussi servir à réconcilier certaines minorités et le gouvernement», estime l’USIP. C’est en tout cas grâce aux investissements étrangers – surtout chinois – dans ce secteur que les chiffres financiers du pays progressent (+5,3% de croissance estimée en 2010), selon une étude de l’Economist Intelligence Unit (EIU). «A part ça, l’économie domestique restera léthargique. Le niveau de vie continue de baisser», estime l’EIU. Pour Marie Lall, tout espoir n’est pas perdu: «Une fois que les régions auront gagné en autonomie politique, des changements de fond prendront place.»
En attendant, Maung, lui, retournera en Birmanie à fin avril. Il ira donner une partie de son pécule à sa famille, restée dans le nord du pays. «Là-bas, témoigne-t-il, les affrontements entre la junte et les minorités continuent.» C’est «business as usual», conclut le journaliste William Boot.
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La population entre crainte et espoir
Après des décennies de dictature militaire et de désastre économique, la population birmane entrevoit quelques lueurs d’espoirs alimentées par les réformes du nouveau gouvernement, mais elle reste toutefois prudente, habituée aux déconvenues.
Dernier signe en date de l’ouverture d’un pays qui a longtemps vécu en paria de la communauté internationale, le nouveau régime dit « civil » accueille à partir de mercredi Hillary Clinton, pour la première visite d’un secrétaire d’Etat américain depuis cinquante ans.
« Nous avons entendu parler de la visite de Hillary Clinton dans les médias. Je ne sais pas ce qui va se passer mais j’espère que des bonnes choses vont arriver, commente une femme au foyer de 30 ans à Rangoun. Je n’ose pas croire que le régime militaire est complètement terminé (…) nous avons toujours peur ».
La junte s’est autodissoute en mars et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit « civil ». Bien que le pays soit toujours dominé par les militaires, le régime a depuis multiplié les réformes politiques à un rythme effréné.
Alors, certains veulent croire que le pire est derrière eux. »Grâce aux changements politiques, je ne pense pas qu’on retournera au régime militaire », estime ainsi un chauffeur de taxi de la capitale Naypyidaw. »Nous voulons que le gouvernement avance vers une véritable démocratie », ajoute-t-il, demandant malgré tout à rester anonyme, témoignage du climat de peur toujours présent.
Pendant ses trois jours en Birmanie, Hillary Clinton sera reçue à Naypyidaw par le président Thein Sein, et se rendra à Rangoun pour une rencontre avec Aung San Suu Kyi. Le président américain Barack Obama a expliqué que cette visite devait encourager les « lueurs de progrès » dans un pays cible de sanctions occidentales depuis la fin des années 1990 en raison de ses violations des droits de l’Homme.
Ces derniers mois, Thein Sein a notamment encouragé le retour de Aung San Suu Kyi au coeur du jeu politique, il a libéré environ 200 prisonniers politiques et a également suspendu la construction d’un barrage controversé financé par son puissant allié et voisin chinois.
Et le parlement a voté de nouvelles lois pour autoriser le droit de grève et le droit de manifester.
La Ligue nationale pour la démocratie (LND) dissoute de Mme Suu Kyi, a de son côté décidé de se ré-enregistrer et de présenter des candidats aux prochaines élections partielles. Et la lauréate du prix Nobel de la paix est décrite par son entourage comme décidée à conquérir un siège de député.
Le parti, qui avait remporté les élections de 1990 sans jamais être autorisé à exercer le pouvoir, avait été dissous en mai 2010 par les militaires après avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, les premières en vingt ans. Cette décision de boycott avait provoqué une scission de la LND et la création de la Force démocratique nationale (NDF), qui a gagné quelques sièges au parlement.
Son leader Khin Maung Swe a salué le retour de Suu Kyi qu’il a qualifié de « revirement majeur ». « C’est un pas politique important et de bon augure pour la Birmanie », a-t-il expliqué.
Mais malgré un certain optimisme, les doutes persistent sur les réelles intentions du régime, dont certains craignent que les réformes ne soient qu’un stratagème pour revenir dans les bonnes grâces de la communauté internationale. »Je ne sais pas si les changements sont réels ou pas. Je sais seulement que Suu Kyi a été libérée » de sept années de résidence surveillée en novembre 2010, note Kyaw Soe, batelier de 37 ans, dans la banlieue de Rangoun. »Même sous le régime militaire, notre famille était sortie pour saluer sa libération, alors nous avons eu des problèmes dans notre village. Mais on s’en fiche. Nous n’avons pas peur, parce que nous sommes du bon côté »
http://webasies.com/en-birmanie-la-population-entre-crainte-et-espoir/
Dernier signe en date de l’ouverture d’un pays qui a longtemps vécu en paria de la communauté internationale, le nouveau régime dit « civil » accueille à partir de mercredi Hillary Clinton, pour la première visite d’un secrétaire d’Etat américain depuis cinquante ans.
« Nous avons entendu parler de la visite de Hillary Clinton dans les médias. Je ne sais pas ce qui va se passer mais j’espère que des bonnes choses vont arriver, commente une femme au foyer de 30 ans à Rangoun. Je n’ose pas croire que le régime militaire est complètement terminé (…) nous avons toujours peur ».
La junte s’est autodissoute en mars et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit « civil ». Bien que le pays soit toujours dominé par les militaires, le régime a depuis multiplié les réformes politiques à un rythme effréné.
Alors, certains veulent croire que le pire est derrière eux. »Grâce aux changements politiques, je ne pense pas qu’on retournera au régime militaire », estime ainsi un chauffeur de taxi de la capitale Naypyidaw. »Nous voulons que le gouvernement avance vers une véritable démocratie », ajoute-t-il, demandant malgré tout à rester anonyme, témoignage du climat de peur toujours présent.
Pendant ses trois jours en Birmanie, Hillary Clinton sera reçue à Naypyidaw par le président Thein Sein, et se rendra à Rangoun pour une rencontre avec Aung San Suu Kyi. Le président américain Barack Obama a expliqué que cette visite devait encourager les « lueurs de progrès » dans un pays cible de sanctions occidentales depuis la fin des années 1990 en raison de ses violations des droits de l’Homme.
Ces derniers mois, Thein Sein a notamment encouragé le retour de Aung San Suu Kyi au coeur du jeu politique, il a libéré environ 200 prisonniers politiques et a également suspendu la construction d’un barrage controversé financé par son puissant allié et voisin chinois.
Et le parlement a voté de nouvelles lois pour autoriser le droit de grève et le droit de manifester.
La Ligue nationale pour la démocratie (LND) dissoute de Mme Suu Kyi, a de son côté décidé de se ré-enregistrer et de présenter des candidats aux prochaines élections partielles. Et la lauréate du prix Nobel de la paix est décrite par son entourage comme décidée à conquérir un siège de député.
Le parti, qui avait remporté les élections de 1990 sans jamais être autorisé à exercer le pouvoir, avait été dissous en mai 2010 par les militaires après avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, les premières en vingt ans. Cette décision de boycott avait provoqué une scission de la LND et la création de la Force démocratique nationale (NDF), qui a gagné quelques sièges au parlement.
Son leader Khin Maung Swe a salué le retour de Suu Kyi qu’il a qualifié de « revirement majeur ». « C’est un pas politique important et de bon augure pour la Birmanie », a-t-il expliqué.
Mais malgré un certain optimisme, les doutes persistent sur les réelles intentions du régime, dont certains craignent que les réformes ne soient qu’un stratagème pour revenir dans les bonnes grâces de la communauté internationale. »Je ne sais pas si les changements sont réels ou pas. Je sais seulement que Suu Kyi a été libérée » de sept années de résidence surveillée en novembre 2010, note Kyaw Soe, batelier de 37 ans, dans la banlieue de Rangoun. »Même sous le régime militaire, notre famille était sortie pour saluer sa libération, alors nous avons eu des problèmes dans notre village. Mais on s’en fiche. Nous n’avons pas peur, parce que nous sommes du bon côté »
http://webasies.com/en-birmanie-la-population-entre-crainte-et-espoir/

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Trêve conclue entre les autorités et un important groupe rebelle
Les autorités birmanes sont parvenues à un accord préliminaire de cessez-le-feu avec l’un des principaux groupes rebelles des minorités ethniques, dernière ouverture en date du nouveau régime envers ses opposants, selon des médias.
La trêve a été signée vendredi entre l’Armée de l’Etat Shan Sud et les autorités locales de cet Etat du nord-rst du pays, a indiqué à l’AFP Khuensai Jaiyen, rédacteur en chef de l’agence Shan Herald News Agency, installée en Thaïlande, citant des sources au sein du groupe rebelle.
Aucune confirmation n’a pu être obtenue auprès des autorités birmanes ni du groupe.
Multiplication des réformes
Selon le site d’informations Irrawaddy, dirigé par des Birmans en exile, cet accord inclut des engagements du gouvernement pour le développement économique et la lutte contre la drogue. Des négociations avec le gouvernement central devraient maintenant être organisées.
La Birmanie a multiplié les réformes politiques depuis l’autodissolution de la junte qui a transféré en mars ses pouvoirs à un gouvernement «civil», même si le pays est toujours dominé par les militaires.
Les Occidentaux ont salué prudemment ces réformes, mais insistent toujours en particulier sur la nécessité de mettre un terme à la guerre civile qui oppose depuis des décennies l’armée à des groupes ethniques qui réclament plus de droits et d’autonomie.
Si certains groupes ont conclu des cessez-le-feu avec la capitale, d’autres n’ont jamais noramlisé leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance en 1948.
Un ministre du gouvernement a participé le mois dernier à des discussions de paix avec plusieurs de ces groupes, selon un des groupes concernés.
Les Shans, deuxième groupe ethnique du pays
Avec 9% de la population, les Shans sont le deuxième groupe ethnique derrière la majorité birmane. Et l’Armée de l’Etat Shan Sud est l’un des groupes rebelles les plus importants, avec des milliers de combattants.
Dans l’Etat Karen, dans l’est, des rebelles se battent par intermittence depuis 1949 et dans l’Etat Kachin, dans le nord, des combats ont repris depuis juin.
Le quotidien officiel New Light of Myanmar avait indiqué jeudi que des discussions de paix avaient eu lieu la veille entre gouvernement et rebelles kachins.
La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en visite historique cette semaine en Birmanie, avait salué les efforts du gouvernement pour résoudre ces conflits.
«Mais tant que les violences terribles continuent dans ce qui est l’un des conflits intérieurs les plus anciens, il sera difficile de commencer un nouveau chapitre», avait-elle déclaré.
AFP
La trêve a été signée vendredi entre l’Armée de l’Etat Shan Sud et les autorités locales de cet Etat du nord-rst du pays, a indiqué à l’AFP Khuensai Jaiyen, rédacteur en chef de l’agence Shan Herald News Agency, installée en Thaïlande, citant des sources au sein du groupe rebelle.
Aucune confirmation n’a pu être obtenue auprès des autorités birmanes ni du groupe.
Multiplication des réformes
Selon le site d’informations Irrawaddy, dirigé par des Birmans en exile, cet accord inclut des engagements du gouvernement pour le développement économique et la lutte contre la drogue. Des négociations avec le gouvernement central devraient maintenant être organisées.
La Birmanie a multiplié les réformes politiques depuis l’autodissolution de la junte qui a transféré en mars ses pouvoirs à un gouvernement «civil», même si le pays est toujours dominé par les militaires.
Les Occidentaux ont salué prudemment ces réformes, mais insistent toujours en particulier sur la nécessité de mettre un terme à la guerre civile qui oppose depuis des décennies l’armée à des groupes ethniques qui réclament plus de droits et d’autonomie.
Si certains groupes ont conclu des cessez-le-feu avec la capitale, d’autres n’ont jamais noramlisé leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance en 1948.
Un ministre du gouvernement a participé le mois dernier à des discussions de paix avec plusieurs de ces groupes, selon un des groupes concernés.
Les Shans, deuxième groupe ethnique du pays
Avec 9% de la population, les Shans sont le deuxième groupe ethnique derrière la majorité birmane. Et l’Armée de l’Etat Shan Sud est l’un des groupes rebelles les plus importants, avec des milliers de combattants.
Dans l’Etat Karen, dans l’est, des rebelles se battent par intermittence depuis 1949 et dans l’Etat Kachin, dans le nord, des combats ont repris depuis juin.
Le quotidien officiel New Light of Myanmar avait indiqué jeudi que des discussions de paix avaient eu lieu la veille entre gouvernement et rebelles kachins.
La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en visite historique cette semaine en Birmanie, avait salué les efforts du gouvernement pour résoudre ces conflits.
«Mais tant que les violences terribles continuent dans ce qui est l’un des conflits intérieurs les plus anciens, il sera difficile de commencer un nouveau chapitre», avait-elle déclaré.
AFP

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«Je ne crois pas à un retour en arrière et une répression en Birmanie»
Questions à Wai Phyo, journaliste birman, prix Reporters sans frontières 2011
Wai Phyo, du Weekly Eleven News, propriété de l’Eleven Media Group, a reçu mercredi à Paris le prix Reporters sans frontières. Il revient sur les réformes en cours initiées par le gouvernement «civil» birman qui a succédé à la junte en mars.
La censure contre la presse est-elle encore pratiquée ?
Depuis huit mois, des changements sont en cours dans la presse birmane qui publie dorénavant les photos d’Aung San Suu Kyi. Pour nos journaux sportifs, nous n’avons plus besoin de faire contrôler nos pages avant publication. En revanche, les pages du Weekly Eleven News Journal, notre hebdomadaire d’informations générales, sont toujours visées par la censure. Nous avons pu publier un article très critique sur le projet de barrage de Myitsone [l’immense chantier destiné à fournir de l’énergie en Chine a été suspendu jusqu’en 2015, ndlr] en évoquant les risques écologiques, les dangers pour les populations kachines et en donnant la parole aux opposants au projet. La censure est intervenue à la marge en modifiant ou en effaçant quelques mots, mais l’article a été publié. Quelques mois plus tôt, cela aurait été impossible.
S’agit-il de réformes cosmétiques ou d’un changement de nature ?
Le régime lâche du lest petit à petit. Je ne crois pas un brusque arrêt des réformes avec un retour en arrière et une répression comme en 1988 [au moins 3 000 morts, ndlr]. Le régime sait qu’il subirait alors une pression très forte des Etats-Unis, de l’Union européenne et un renforcement des sanctions internationales dont il souhaite se débarrasser. En 2013, la Birmanie va accueillir les Jeux du Sud-Est asiatique et, l’année d’après, elle présidera l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Les autorités ne feront rien qui puissent compromettre ses deux rendez-vous internationaux. Disons que la libération de tous les prisonniers politiques, dont Min Ko Naing [leader de la révolution de 1988], marquera un vrai changement.
Ancien général, le président Thein Sein peut-il incarner une transition démocratique ?
Il est l’origine de la suspension du barrage de Myitsone. Il a tenu compte de l’avis des populations et des ONG. Il a rencontré Aung San Suu Kyi, qui semble croire à la sincérité de Thein Sein. Il est conscient que l’économie est à terre, qu’il y a urgence à agir face à la crise monétaire. Cela prendra du temps, car les militaires sont là depuis 1962, mais le régime change.
www.liberation.fr
Wai Phyo, du Weekly Eleven News, propriété de l’Eleven Media Group, a reçu mercredi à Paris le prix Reporters sans frontières. Il revient sur les réformes en cours initiées par le gouvernement «civil» birman qui a succédé à la junte en mars.
La censure contre la presse est-elle encore pratiquée ?
Depuis huit mois, des changements sont en cours dans la presse birmane qui publie dorénavant les photos d’Aung San Suu Kyi. Pour nos journaux sportifs, nous n’avons plus besoin de faire contrôler nos pages avant publication. En revanche, les pages du Weekly Eleven News Journal, notre hebdomadaire d’informations générales, sont toujours visées par la censure. Nous avons pu publier un article très critique sur le projet de barrage de Myitsone [l’immense chantier destiné à fournir de l’énergie en Chine a été suspendu jusqu’en 2015, ndlr] en évoquant les risques écologiques, les dangers pour les populations kachines et en donnant la parole aux opposants au projet. La censure est intervenue à la marge en modifiant ou en effaçant quelques mots, mais l’article a été publié. Quelques mois plus tôt, cela aurait été impossible.
S’agit-il de réformes cosmétiques ou d’un changement de nature ?
Le régime lâche du lest petit à petit. Je ne crois pas un brusque arrêt des réformes avec un retour en arrière et une répression comme en 1988 [au moins 3 000 morts, ndlr]. Le régime sait qu’il subirait alors une pression très forte des Etats-Unis, de l’Union européenne et un renforcement des sanctions internationales dont il souhaite se débarrasser. En 2013, la Birmanie va accueillir les Jeux du Sud-Est asiatique et, l’année d’après, elle présidera l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Les autorités ne feront rien qui puissent compromettre ses deux rendez-vous internationaux. Disons que la libération de tous les prisonniers politiques, dont Min Ko Naing [leader de la révolution de 1988], marquera un vrai changement.
Ancien général, le président Thein Sein peut-il incarner une transition démocratique ?
Il est l’origine de la suspension du barrage de Myitsone. Il a tenu compte de l’avis des populations et des ONG. Il a rencontré Aung San Suu Kyi, qui semble croire à la sincérité de Thein Sein. Il est conscient que l’économie est à terre, qu’il y a urgence à agir face à la crise monétaire. Cela prendra du temps, car les militaires sont là depuis 1962, mais le régime change.
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Date d'inscription: 31/05/2009
une «révolution douce» qui soulève des questions
Il y a près d'un an, la junte birmane, l'une des pires dictatures de la planète au pouvoir pendant près d'un demi-siècle transférait ses pouvoirs à un nouveau gouvernement civil, bien que contrôlé par d'anciens militaires. Dirigée par le président Thein Sein, la nouvelle a multiplié les réformes spectaculaires, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Ky, mais aussi celle des diplomates et investisseurs étrangers.
Libération des prisonniers politiques, légalisation des syndicats, levée de la censure sur les journaux, réenregistrement de la Ligue nationale démocratique, le parti politique d'Aung San Suu Kyi, organisation d’élections législatives. Rarement un pays sous la coupe d’une dictature militaire depuis plus de 25 ans aura ouvert ses portes avec une telle célérité. Au point de se poser des questions sur les motivations de ce printemps de Rangoun qualifié de « processus historique » par Alain Juppé lors de sa visite dans le pays ce week-end.
Les images du printemps arabe et de ces dictateurs inflexibles fuyant leurs pays avant, pour certains, d’être mis en cage et jugés ? La libération de l'opposante Aung San Suu Kyi qui apparaît comme le premier signe d’un assouplissement du régime birman est intervenu en novembre 2010 soit avant les premiers prémices du printemps arabe invalide cette hypothèse.
C’est bien plus le critère économique qui semble être à l’origine de cette conversion. Le pays, qui recèle de ressources naturelles, était soumis à des sanction économiques depuis plus de deux décennies et nombre de généraux se sont convertis à l’idée de profiter de cette manne.
BEAUCOUP DE PROMESSES...À TENIR
Un pari risqué mais plutôt payant. « Transformée » en un coup de baguette magique en un gouvernement civil, la junte fait un sans-faute diplomatique, politique et de communication. A tel point que les Etats-Unis ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec le pays et l’envoi d’un ambassadeur. Et les délégations d’hommes d’affaires japonais et américains se précipitent déjà dans le pays dont les ressources en gaz, pétrole, minerais divers et la situation stratégique entre l’Inde, la Chine et le reste du sud-est asiatique attire toutes les convoitises.
Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de Aung San Suu Kyi. Convaincue de la bonne foi du nouveau pouvoir, celle-ci a annoncé qu’elle participerait en avril aux élections législatives, pour la première fois depuis 1990. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, avait alors remporté le scrutin, mais la junte avait annulé le résultat. La télévision d'Etat a annoncé qu'au total 651 prisonniers seraient amnistiés dans le cadre d'un nouveau pardon présidentiel, sans préciser combien sont des détenus politiques --368, selon des indications non recoupées.
Un processus d’ouverture qui ne lève pas toutes les interrogations sur les objectifs du nouveau pouvoir dont certains redoutent la duplicité.
Paris, Washington et Tokyo restent particulièrement attentifs à certains points : la poursuite du dialogue politique, la libération effective de tous les prisonniers politiques et le respect du droit des minorités ethniques. Un dernier volet jugé crucial après des décennies de lutte armée entre Rangoun et une pléiade de rebellions ethniques. La plupart d'entre-elles ont accepté le cessez-le-feu, comme les Karens,
«Nous devons donner aux autorités birmanes un satisfecit, et cette visite en est un, mais nous leur dirons que nous attendons davantage», relève une source diplomatique citée par Le Figaro.
DES NÉGOCIATIONS OUVERTES AVEC LES MINORITÉS ETHNIQUES
A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler que le général Thein Sein, ancien général et premier Ministre de la junte, a été élu président de la République le 4 février 2011, à l'issue d'élections considérées comme truquées par l'opposition et par la communauté internationale. D’où la suspicion de certains observateurs qui s’interrogent afin de savoir si Thein Sein n’est pas que la « vitrine civile » présentable de la junte dont certains membres sont encore présents dans le gouvernement.
Considéré comme un modéré bien qu’ayant été l’un des piliers de la junte militaire, Thein Sein reste une énigme et ses véritables capacités d’actions sont mal connues, bien que la multiplication des gestes d’ouvertures récents apparaissent comme autant de garanties et de démonstration de sa «bonne volonté ». Certains experts n’en oublient pas pour autant que la Birmanie est encore un pays dirigé par un régime autoritaire, très lié à Pékin et dont le processus de « perestroïka » est fragile.
Outre la libération en novembre 2010 de la prix Nobel d’Aung Saung Suu Kyi et l’autorisation qui lui a été donnée de se présenter aux élections législatives prévues le 1er avril prochain, l'avancée la plus surprenante, bien que moins connue, reste l’accord de cessez le feu signé le 12 janvier avec l’ethnie Karen. L'accord est intervenu lors des pourparlers entre les fonctionnaires et la Karen National Union (KNU) dans le capital de Hpa-an, de l'Est de l'État Karen. Les Karen luttent pour une plus grande autonomie depuis plus de 60 ans. Largement chrétienne et favorisée par les Britanniques pendant les années de domination coloniale, les Karen se sont rebellés contre le traitement répressif des militaires birmans nationalistes, l’accusant même de génocide.
En revanche, le contexte est plus difficile dans l’état Kachin, au nord du pays, qui abrite nombre de ressources naturelles minières et forestières. En juin dernier, en plein processus d'ouverture, le régime lancait une offensive contre la Kachin Independence Army (KIA) et multipliait les attaques contre civils, rompant ainsi un cessez-le-feu vieux de 17 ans. Un regain de tensions préoccupant pour bon nombre d’ONG qui qualifient ce conflit de « guerre cachée de Birmanie ». Si le conflit continue, là aussi les choses pourraient bouger: le président Thein Sein a donné ordre à l'armée de ne pas attaquer les minorités dans tout le pays et des rencontres entre le gouvernement birman et des représentants Kachin en vue de pourparlers de paix sont prévues le 18 janvier dans la ville frontière chinoise de Ruili.
source http://www.marianne2.fr/Birmanie-une-revolution-douce-qui-souleve-des-questions_a214600.html
L'armée birmane a ordre de ne pas attaquer les minorités

Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens. ( © AFP Soe Than Win)
NAYPYIDAW (AFP) - Le président birman Thein Sein a ordonné à l'armée de ne plus attaquer les minorités ethniques "dans tout le pays", a indiqué mardi un ministre à l'AFP, reconnaissant que l'ordre était parfois difficile à faire appliquer dans l'Etat Kachin où les combats continuent.
Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens.
Khin Yi, ministre de l'Immigration et de la Population, ancien chef de la police, était l'un des trois membres du gouvernement présents à cette signature avec l'Union nationale karen (KNU) et en a rendu compte le lendemain à son président.
Thein Sein a alors ordonné à l'armée de ne plus attaquer aucun groupe ethnique --sauf pour se défendre--, a expliqué le ministre lors d'un entretien à l'AFP dans son bureau de la capitale Naypyidaw.
"L'ordre couvre tout le pays", a-t-il insisté.
En décembre, le président avait déjà demandé aux forces armées de ne plus attaquer les Kachins, dans le nord du pays, mais les combats n'ont pas pour autant cessé, ce qu'a reconnu Khin Yi.
"Parfois, l'ordre n'a pas atteint la base", a-t-il noté. "Certaines unités de terrain, en patrouillant, se sont rencontrées inopinément et ont échangé des tirs", a-t-il ajouté, notant que les incidents pouvaient être imputés aux "deux" côtés.De nombreuses minorités, qui forment un tiers des 50 millions d'habitants de la Birmanie, n'ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir depuis l'indépendance en 1948. Une guerre civile oppose depuis certains d'entre eux à l'armée.
Alors que les militaires birmans sont également accusés de multiplier les exactions à l'égard des civils dans ces zones, ce dossier constitue un point de blocage majeur avec les pays Occidentaux.
© 2012 AFP
Libération des prisonniers politiques, légalisation des syndicats, levée de la censure sur les journaux, réenregistrement de la Ligue nationale démocratique, le parti politique d'Aung San Suu Kyi, organisation d’élections législatives. Rarement un pays sous la coupe d’une dictature militaire depuis plus de 25 ans aura ouvert ses portes avec une telle célérité. Au point de se poser des questions sur les motivations de ce printemps de Rangoun qualifié de « processus historique » par Alain Juppé lors de sa visite dans le pays ce week-end.
Les images du printemps arabe et de ces dictateurs inflexibles fuyant leurs pays avant, pour certains, d’être mis en cage et jugés ? La libération de l'opposante Aung San Suu Kyi qui apparaît comme le premier signe d’un assouplissement du régime birman est intervenu en novembre 2010 soit avant les premiers prémices du printemps arabe invalide cette hypothèse.
C’est bien plus le critère économique qui semble être à l’origine de cette conversion. Le pays, qui recèle de ressources naturelles, était soumis à des sanction économiques depuis plus de deux décennies et nombre de généraux se sont convertis à l’idée de profiter de cette manne.
BEAUCOUP DE PROMESSES...À TENIR
Un pari risqué mais plutôt payant. « Transformée » en un coup de baguette magique en un gouvernement civil, la junte fait un sans-faute diplomatique, politique et de communication. A tel point que les Etats-Unis ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec le pays et l’envoi d’un ambassadeur. Et les délégations d’hommes d’affaires japonais et américains se précipitent déjà dans le pays dont les ressources en gaz, pétrole, minerais divers et la situation stratégique entre l’Inde, la Chine et le reste du sud-est asiatique attire toutes les convoitises.
Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de Aung San Suu Kyi. Convaincue de la bonne foi du nouveau pouvoir, celle-ci a annoncé qu’elle participerait en avril aux élections législatives, pour la première fois depuis 1990. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, avait alors remporté le scrutin, mais la junte avait annulé le résultat. La télévision d'Etat a annoncé qu'au total 651 prisonniers seraient amnistiés dans le cadre d'un nouveau pardon présidentiel, sans préciser combien sont des détenus politiques --368, selon des indications non recoupées.
Un processus d’ouverture qui ne lève pas toutes les interrogations sur les objectifs du nouveau pouvoir dont certains redoutent la duplicité.
Paris, Washington et Tokyo restent particulièrement attentifs à certains points : la poursuite du dialogue politique, la libération effective de tous les prisonniers politiques et le respect du droit des minorités ethniques. Un dernier volet jugé crucial après des décennies de lutte armée entre Rangoun et une pléiade de rebellions ethniques. La plupart d'entre-elles ont accepté le cessez-le-feu, comme les Karens,
«Nous devons donner aux autorités birmanes un satisfecit, et cette visite en est un, mais nous leur dirons que nous attendons davantage», relève une source diplomatique citée par Le Figaro.
DES NÉGOCIATIONS OUVERTES AVEC LES MINORITÉS ETHNIQUES
A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler que le général Thein Sein, ancien général et premier Ministre de la junte, a été élu président de la République le 4 février 2011, à l'issue d'élections considérées comme truquées par l'opposition et par la communauté internationale. D’où la suspicion de certains observateurs qui s’interrogent afin de savoir si Thein Sein n’est pas que la « vitrine civile » présentable de la junte dont certains membres sont encore présents dans le gouvernement.
Considéré comme un modéré bien qu’ayant été l’un des piliers de la junte militaire, Thein Sein reste une énigme et ses véritables capacités d’actions sont mal connues, bien que la multiplication des gestes d’ouvertures récents apparaissent comme autant de garanties et de démonstration de sa «bonne volonté ». Certains experts n’en oublient pas pour autant que la Birmanie est encore un pays dirigé par un régime autoritaire, très lié à Pékin et dont le processus de « perestroïka » est fragile.
Outre la libération en novembre 2010 de la prix Nobel d’Aung Saung Suu Kyi et l’autorisation qui lui a été donnée de se présenter aux élections législatives prévues le 1er avril prochain, l'avancée la plus surprenante, bien que moins connue, reste l’accord de cessez le feu signé le 12 janvier avec l’ethnie Karen. L'accord est intervenu lors des pourparlers entre les fonctionnaires et la Karen National Union (KNU) dans le capital de Hpa-an, de l'Est de l'État Karen. Les Karen luttent pour une plus grande autonomie depuis plus de 60 ans. Largement chrétienne et favorisée par les Britanniques pendant les années de domination coloniale, les Karen se sont rebellés contre le traitement répressif des militaires birmans nationalistes, l’accusant même de génocide.
En revanche, le contexte est plus difficile dans l’état Kachin, au nord du pays, qui abrite nombre de ressources naturelles minières et forestières. En juin dernier, en plein processus d'ouverture, le régime lancait une offensive contre la Kachin Independence Army (KIA) et multipliait les attaques contre civils, rompant ainsi un cessez-le-feu vieux de 17 ans. Un regain de tensions préoccupant pour bon nombre d’ONG qui qualifient ce conflit de « guerre cachée de Birmanie ». Si le conflit continue, là aussi les choses pourraient bouger: le président Thein Sein a donné ordre à l'armée de ne pas attaquer les minorités dans tout le pays et des rencontres entre le gouvernement birman et des représentants Kachin en vue de pourparlers de paix sont prévues le 18 janvier dans la ville frontière chinoise de Ruili.
source http://www.marianne2.fr/Birmanie-une-revolution-douce-qui-souleve-des-questions_a214600.html
L'armée birmane a ordre de ne pas attaquer les minorités
Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens. ( © AFP Soe Than Win)
NAYPYIDAW (AFP) - Le président birman Thein Sein a ordonné à l'armée de ne plus attaquer les minorités ethniques "dans tout le pays", a indiqué mardi un ministre à l'AFP, reconnaissant que l'ordre était parfois difficile à faire appliquer dans l'Etat Kachin où les combats continuent.
Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens.
Khin Yi, ministre de l'Immigration et de la Population, ancien chef de la police, était l'un des trois membres du gouvernement présents à cette signature avec l'Union nationale karen (KNU) et en a rendu compte le lendemain à son président.
Thein Sein a alors ordonné à l'armée de ne plus attaquer aucun groupe ethnique --sauf pour se défendre--, a expliqué le ministre lors d'un entretien à l'AFP dans son bureau de la capitale Naypyidaw.
"L'ordre couvre tout le pays", a-t-il insisté.
En décembre, le président avait déjà demandé aux forces armées de ne plus attaquer les Kachins, dans le nord du pays, mais les combats n'ont pas pour autant cessé, ce qu'a reconnu Khin Yi.
"Parfois, l'ordre n'a pas atteint la base", a-t-il noté. "Certaines unités de terrain, en patrouillant, se sont rencontrées inopinément et ont échangé des tirs", a-t-il ajouté, notant que les incidents pouvaient être imputés aux "deux" côtés.De nombreuses minorités, qui forment un tiers des 50 millions d'habitants de la Birmanie, n'ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir depuis l'indépendance en 1948. Une guerre civile oppose depuis certains d'entre eux à l'armée.
Alors que les militaires birmans sont également accusés de multiplier les exactions à l'égard des civils dans ces zones, ce dossier constitue un point de blocage majeur avec les pays Occidentaux.
© 2012 AFP

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Date d'inscription: 31/05/2009
Thein Sein promet la poursuite des réformes
Rangoon — Le président birman, Thein Sein, a promis hier de poursuivre les réformes et appelé les investisseurs étrangers à soutenir son pays où, a-t-il dit, «le processus de démocratisation n'en est qu'à ses balbutiements».
Dans un discours de trois quarts d'heure devant le parlement, onze mois après son entrée en fonctions, l'ancien général de la junte birmane a lancé un appel au cessez-le-feu entre l'armée gouvernementale et les rebelles kachins. La Birmanie est le théâtre depuis des décennies de plusieurs conflits ethniques et les pays occidentaux ont posé comme condition à la levée de leurs sanctions la conclusion de cessez-le-feu entre le gouvernement et les différents groupes armés. Les autorités sont parvenues à conclure une trêve avec la plupart des 16 mouvements séparatistes du pays.
Thein Sein, 66 ans, ancien numéro quatre de la junte militaire, s'est forgé ces derniers mois une image de réformateur et a établi de bons rapports avec la dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991.
Cette dernière a accepté de se présenter aux élections législatives partielles prévues le 1er avril prochain, tout en se montrant prudente sur l'irréversibilité des réformes démocratiques en cours.
Thein Sein a déclaré que le passage du pouvoir des militaires aux civils l'an dernier avait souvent été accueilli avec scepticisme, mais a souligné les réalisations de son gouvernement depuis près d'un an en faveur de l'emploi, du niveau de vie, de la lutte contre la corruption et des investissements.
Thein Sein n'a pas directement évoqué les sanctions internationales qui frappent son pays, mais a insisté sur le fait que la Birmanie devait relever de grands défis en raison de son isolement international. «Notre pays s'est retrouvé à la traîne dans le processus de mondialisation, nous ne devons donc négliger aucune leçon et donner le meilleur de nous-mêmes en nous ouvrant au monde», a-t-il souligné.
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/344056/birmanie-thein-sein-promet-la-poursuite-des-reformes

La campagne pour les élections législatives partielles, prévues le 1er avril, bat son plein. Ici, le président Thein Sein prononce un discours devant le parlement à Naypyidaw. (Nyein Chan Naing/EPA/Keystone)
Dans un discours de trois quarts d'heure devant le parlement, onze mois après son entrée en fonctions, l'ancien général de la junte birmane a lancé un appel au cessez-le-feu entre l'armée gouvernementale et les rebelles kachins. La Birmanie est le théâtre depuis des décennies de plusieurs conflits ethniques et les pays occidentaux ont posé comme condition à la levée de leurs sanctions la conclusion de cessez-le-feu entre le gouvernement et les différents groupes armés. Les autorités sont parvenues à conclure une trêve avec la plupart des 16 mouvements séparatistes du pays.
Thein Sein, 66 ans, ancien numéro quatre de la junte militaire, s'est forgé ces derniers mois une image de réformateur et a établi de bons rapports avec la dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991.
Cette dernière a accepté de se présenter aux élections législatives partielles prévues le 1er avril prochain, tout en se montrant prudente sur l'irréversibilité des réformes démocratiques en cours.
Thein Sein a déclaré que le passage du pouvoir des militaires aux civils l'an dernier avait souvent été accueilli avec scepticisme, mais a souligné les réalisations de son gouvernement depuis près d'un an en faveur de l'emploi, du niveau de vie, de la lutte contre la corruption et des investissements.
Thein Sein n'a pas directement évoqué les sanctions internationales qui frappent son pays, mais a insisté sur le fait que la Birmanie devait relever de grands défis en raison de son isolement international. «Notre pays s'est retrouvé à la traîne dans le processus de mondialisation, nous ne devons donc négliger aucune leçon et donner le meilleur de nous-mêmes en nous ouvrant au monde», a-t-il souligné.
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/344056/birmanie-thein-sein-promet-la-poursuite-des-reformes

La campagne pour les élections législatives partielles, prévues le 1er avril, bat son plein. Ici, le président Thein Sein prononce un discours devant le parlement à Naypyidaw. (Nyein Chan Naing/EPA/Keystone)

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Soutenons le printemps birman !
par Joseph E. Stiglitz) - Alors que la Birmanie est restée presque figée politiquement pendant un demi-siècle, une nouvelle classe de dirigeants essaie d'opérer une transformation rapide de l'intérieur. Le gouvernement a libéré des prisonniers politiques, tenu des élections (et d'autres sont en préparation), entamé des réformes économiques et fait tout pour attirer les investissements étrangers.
RANGOON – Comme on pouvait s'y attendre, la communauté internationale qui applique depuis longtemps des sanctions contre la dictature birmane reste prudente. Les réformes se déroulent à un rythme si rapide, que même les experts les plus renommés sont déroutés.
Mais il est clair pour moi que ce qui se passe actuellement en Birmanie constitue l'occasion d'un véritable changement pour le pays - une occasion que la communauté internationale ne doit pas laisser passer. Elle doit encourager ce changement, non seulement en offrant de l'aide, mais en levant les sanctions qui sont maintenant un obstacle à la transformation du pays.
La transformation qui a débuté après les élections législatives de novembre 2010 se déroule à une vitesse époustouflante. Comme 25% des sièges étaient réservé aux militaires au pouvoir depuis 1962, on pouvait s'attendre à ce que les élections ne soient qu'une façade. Mais le gouvernement formé par la suite répond bien au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer aux préoccupations fondamentales de la population.
Sous la direction du nouveau président, Thein Sein, les autorités réagissent favorablement aux demandes d'ouverture politique et économique. Des avancées ont été réalisées pour parvenir à un accord de paix avec les rebelles des minorités ethniques - les conflits avec ces derniers s'enracinent dans la stratégie du "diviser pour régner" du colonialisme que les dirigeants ont continué à appliquer pendant plus de 60 ans après l'indépendance. L'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a été levée et elle fait maintenant campagne pour une élection législative partielle qui aura lieu en avril.
Du point de vue économique, le processus budgétaire est d'une transparence sans précédent. Les dépenses en faveur de la santé et de l'éducation ont doublé, partant il est vrai d'un niveau très faible. Dans nombre de domaines essentiels, l'obligation de demander une autorisation gouvernementale a été assouplie. Le gouvernement s'est même engagé à simplifier le système complexe de taux de change.
Le vent d'espoir qui souffle sur le pays est palpable. Pourtant, parmi les Birmans les plus âgés qui ont assisté dans le passé à des périodes de libéralisation illusoire, certains restent circonspects. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle la communauté internationale hésite à relâcher la pression sur la Birmanie. Mais la majorité de la population estime que si le changement est bien géré, un retour en arrière sera impossible.
En février j'ai participé à des séminaires à Rangoon et à Naypyidaw, la nouvelle capitale construite il y a peu. Ils étaient organisés par l'un des économistes les plus réputés du pays, U Myint. Ce furent des événements marquants, tant par le nombre de participants et leur implication dans les colloques (plus d'un millier de personnes à Rangoon) que par la grande qualité des interventions par ailleurs émouvantes de deux célèbres économistes birmans qui avaient quitté le pays dans les années 1960 et qui viennent d'y revenir après plus de 40 ans.
Ronald Findlay, mon collègue de l'université de Columbia, m'a fait remarquer que l'un d'eux, Hla Myint, 91 ans, ancien professeur à la London School of Economics, est le père de l'une des stratégies en faveur du développement les plus réussies, une stratégie basée sur une économie ouverte et une croissance fondée sur les exportations. De nombreux pays d'Asie y ont eu recours, notamment la Chine. Elle va peut-être finalement s'appliquer à son pays d'origine.
En décembre 2009 j'avais donné une conférence en Birmanie. A cette époque, du fait de la susceptibilité du gouvernement, il fallait faire preuve de prudence dans la manière de présenter les problèmes du pays (la pauvreté, le manque de productivité des zones rurales, le manque de main d'œuvre non qualifiée). Désormais la prudence fait place au sentiment d'urgence face à ces problèmes et à d'autres, ainsi qu'à la prise de conscience du besoin d'aide internationale (la Birmanie est l'un des pays qui en bénéficie le moins relativement à la taille de sa population et à son niveau de revenu).
On s'interroge beaucoup sur les raisons de la rapidité des changements en Birmanie. Peut-être ses dirigeants reconnaissent-ils que leur pays, premier exportateur mondial de riz dans le passé, est maintenant loin derrière les pays voisins. Peut-être ont-ils été attentifs au message du Printemps arabe, ou tout simplement comprennent-ils qu'avec plus de trois millions de Birmans à l'étranger, il est impossible d'isoler le pays du reste du monde et d'empêcher que ne parviennent les idées de l'extérieur. En tout état de cause, le changement est en marche - il constitue une chance qu'il faut saisir !
Mais quelle qu'ait pu être leur utilité dans le passé, beaucoup de sanctions internationales semblent maintenant contre-productives. Ainsi les sanctions financières freinent le développement d'un système financier moderne et transparent, intégré au reste du monde. Le système économique qui en résulte est basé sur les liquidités, ce qui est une invitation à la corruption.
De la même manière, l'interdiction faites aux entreprises socialement responsables des pays avancés de signer des contrats avec la Birmanie a laissé le champ libre à d'autres, bien moins scrupuleuses. La Birmanie espère conseils et soutien de la part des institutions multilatérales et du programme de développement de l'ONU ; au lieu de nous en réjouir, nous continuons à restreindre le rôle que ces institutions peuvent jouer dans la transition birmane.
Chaque fois que nous refusons une aide ou imposons des sanctions pour favoriser certains changements, pensons à ceux qui en supportent le fardeau. Ouvrir nos marchés à la Birmanie dans le secteur de l'agriculture et de l'habillement - et même lui accorder des préférences similaires à celles dont bénéficient d'autres pays pauvres - profiterait directement aux paysans pauvres qui constituent 70% de la population et créerait de nouveaux emplois. Les puissants et les riches parviennent à contourner les sanctions financières, même si cela à un coût, mais la population ne peut échapper aussi facilement aux conséquences du statut de paria de leur pays.
Nous avons vu le Printemps arabe fleurir non sans hésitation dans quelques pays seulement, tandis que dans d'autres il n'est pas encore sûr qu'il portera ses fruits. Le Printemps birman paraît plus calme, sans toute la fanfare de Twitter et Facebook, mais tout aussi réel. Il mérite le même soutien !
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/joseph-e-stiglitz/221144214/soutenons-printemps-birman
RANGOON – Comme on pouvait s'y attendre, la communauté internationale qui applique depuis longtemps des sanctions contre la dictature birmane reste prudente. Les réformes se déroulent à un rythme si rapide, que même les experts les plus renommés sont déroutés.
Mais il est clair pour moi que ce qui se passe actuellement en Birmanie constitue l'occasion d'un véritable changement pour le pays - une occasion que la communauté internationale ne doit pas laisser passer. Elle doit encourager ce changement, non seulement en offrant de l'aide, mais en levant les sanctions qui sont maintenant un obstacle à la transformation du pays.
La transformation qui a débuté après les élections législatives de novembre 2010 se déroule à une vitesse époustouflante. Comme 25% des sièges étaient réservé aux militaires au pouvoir depuis 1962, on pouvait s'attendre à ce que les élections ne soient qu'une façade. Mais le gouvernement formé par la suite répond bien au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer aux préoccupations fondamentales de la population.
Sous la direction du nouveau président, Thein Sein, les autorités réagissent favorablement aux demandes d'ouverture politique et économique. Des avancées ont été réalisées pour parvenir à un accord de paix avec les rebelles des minorités ethniques - les conflits avec ces derniers s'enracinent dans la stratégie du "diviser pour régner" du colonialisme que les dirigeants ont continué à appliquer pendant plus de 60 ans après l'indépendance. L'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a été levée et elle fait maintenant campagne pour une élection législative partielle qui aura lieu en avril.
Du point de vue économique, le processus budgétaire est d'une transparence sans précédent. Les dépenses en faveur de la santé et de l'éducation ont doublé, partant il est vrai d'un niveau très faible. Dans nombre de domaines essentiels, l'obligation de demander une autorisation gouvernementale a été assouplie. Le gouvernement s'est même engagé à simplifier le système complexe de taux de change.
Le vent d'espoir qui souffle sur le pays est palpable. Pourtant, parmi les Birmans les plus âgés qui ont assisté dans le passé à des périodes de libéralisation illusoire, certains restent circonspects. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle la communauté internationale hésite à relâcher la pression sur la Birmanie. Mais la majorité de la population estime que si le changement est bien géré, un retour en arrière sera impossible.
En février j'ai participé à des séminaires à Rangoon et à Naypyidaw, la nouvelle capitale construite il y a peu. Ils étaient organisés par l'un des économistes les plus réputés du pays, U Myint. Ce furent des événements marquants, tant par le nombre de participants et leur implication dans les colloques (plus d'un millier de personnes à Rangoon) que par la grande qualité des interventions par ailleurs émouvantes de deux célèbres économistes birmans qui avaient quitté le pays dans les années 1960 et qui viennent d'y revenir après plus de 40 ans.
Ronald Findlay, mon collègue de l'université de Columbia, m'a fait remarquer que l'un d'eux, Hla Myint, 91 ans, ancien professeur à la London School of Economics, est le père de l'une des stratégies en faveur du développement les plus réussies, une stratégie basée sur une économie ouverte et une croissance fondée sur les exportations. De nombreux pays d'Asie y ont eu recours, notamment la Chine. Elle va peut-être finalement s'appliquer à son pays d'origine.
En décembre 2009 j'avais donné une conférence en Birmanie. A cette époque, du fait de la susceptibilité du gouvernement, il fallait faire preuve de prudence dans la manière de présenter les problèmes du pays (la pauvreté, le manque de productivité des zones rurales, le manque de main d'œuvre non qualifiée). Désormais la prudence fait place au sentiment d'urgence face à ces problèmes et à d'autres, ainsi qu'à la prise de conscience du besoin d'aide internationale (la Birmanie est l'un des pays qui en bénéficie le moins relativement à la taille de sa population et à son niveau de revenu).
On s'interroge beaucoup sur les raisons de la rapidité des changements en Birmanie. Peut-être ses dirigeants reconnaissent-ils que leur pays, premier exportateur mondial de riz dans le passé, est maintenant loin derrière les pays voisins. Peut-être ont-ils été attentifs au message du Printemps arabe, ou tout simplement comprennent-ils qu'avec plus de trois millions de Birmans à l'étranger, il est impossible d'isoler le pays du reste du monde et d'empêcher que ne parviennent les idées de l'extérieur. En tout état de cause, le changement est en marche - il constitue une chance qu'il faut saisir !
Mais quelle qu'ait pu être leur utilité dans le passé, beaucoup de sanctions internationales semblent maintenant contre-productives. Ainsi les sanctions financières freinent le développement d'un système financier moderne et transparent, intégré au reste du monde. Le système économique qui en résulte est basé sur les liquidités, ce qui est une invitation à la corruption.
De la même manière, l'interdiction faites aux entreprises socialement responsables des pays avancés de signer des contrats avec la Birmanie a laissé le champ libre à d'autres, bien moins scrupuleuses. La Birmanie espère conseils et soutien de la part des institutions multilatérales et du programme de développement de l'ONU ; au lieu de nous en réjouir, nous continuons à restreindre le rôle que ces institutions peuvent jouer dans la transition birmane.
Chaque fois que nous refusons une aide ou imposons des sanctions pour favoriser certains changements, pensons à ceux qui en supportent le fardeau. Ouvrir nos marchés à la Birmanie dans le secteur de l'agriculture et de l'habillement - et même lui accorder des préférences similaires à celles dont bénéficient d'autres pays pauvres - profiterait directement aux paysans pauvres qui constituent 70% de la population et créerait de nouveaux emplois. Les puissants et les riches parviennent à contourner les sanctions financières, même si cela à un coût, mais la population ne peut échapper aussi facilement aux conséquences du statut de paria de leur pays.
Nous avons vu le Printemps arabe fleurir non sans hésitation dans quelques pays seulement, tandis que dans d'autres il n'est pas encore sûr qu'il portera ses fruits. Le Printemps birman paraît plus calme, sans toute la fanfare de Twitter et Facebook, mais tout aussi réel. Il mérite le même soutien !
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/joseph-e-stiglitz/221144214/soutenons-printemps-birman

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le viol continue d'être utilisé comme arme de guerre malgré les promesses de paix
En Birmanie, la soudaine ouverture opérée par le gouvernement d'un pays connu pour être parmi les plus fermé au monde laisse présager un avenir meilleur. Alors que soixante années de dictature militaire ont plongé le pays et sa population dans une situation de pauvreté et de déchéance économique chronique, le vent de liberté et de démocratie qui semble souffler sur Rangoun et Naypyidaw suffira-t-il à relever toute une nation ?
L'espoir est grand, car le changement de cap opéré par les autorités du pays est inédit. En entamant un dialogue avec Aung San Suu Kyi et en réintégrant officiellement son parti au processus politique, les autorités ont ouvert une voie nouvelle. Aung San Suu Kyi et la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) ont ainsi pris la décision de participer aux prochaines élections partielles, qui auront lieu le 1er avril 2012, laissant présager une ouverture politique graduelle envers l'opposition.
Par ailleurs, le 16 janvier dernier le président Thein Sein a accordé une amnistie à environ 300 opposants. Parmi eux se trouvaient les principaux leaders de l'opposition birmane. Malgré les conditionnalités imposées aux prisonniers nouvellement libérés, et le maintien en détention de plusieurs centaines de prisonniers de conscience, ce geste représente la décision la plus significative du président depuis le début de son mandat. Enfin, les autorités ont entamé des pourparlers de paix avec les principaux groupes issus des minorités ethniques, qui se sont soldés par des accords préliminaires de cessez-le-feu.
Face à l'euphorie que déclenchent ces évolutions, l'optimisme prévaut. Pourtant, une autre facette de la réalité birmane semble être ignorée par le monde et ceux qui le dirigent : celle de la situation des minorités ethniques. Plusieurs régions sont encore en proie à une profonde instabilité, des attaques armées continuent d'être perpétrées par des soldats de l'armée birmane, et ce malgré l'ordre donné par le président Thein Sein de mettre un terme à ces attaques. Actuellement, le cas de l'Etat Kachin, au nord du pays, en est l'exemple le plus probant.
Juliette Louis-Servais, chargée de mission du CCFD-Terre Solidaire, revient d'une mission dans cet Etat. Elle témoigne d'exactions graves commises dans le cadre du conflit : "Tous nos partenaires et associations de développement non politisés, ainsi que plusieurs réfugiés m'ont fait état de pillages systématiques des villages, d'attaques contre les civils, d'acte de tortures et de violence sexuelle". 70 000 personnes ont déjà été déplacées par ce conflit qui dure depuis juin 2011 et ne semble pas en voie de s'apaiser. Cette réalité amène à sérieusement relativiser les promesses de démocratie et de paix énoncées par le régime et largement relayées par les médias et les diplomates.
Dans les zones de conflits, qu'ils soient latents ou ouverts, les populations les plus vulnérables sont souvent les femmes et les enfants. Outre le travail forcé et les déplacements de populations, un autre crime ignoble continue d'être commis à leur encontre par les soldats de l'armée birmane, et ce, en tout impunité : l'utilisation du viol et de la violence sexuelle comme arme de guerre. L'utilisation systématique et généralisée du viol par les soldats de l'armée birmane à l'encontre des populations civiles des régions ethniques vise à soumettre et à briser les communautés que les autorités soupçonnent de soutenir les groupes armées de ces régions. Cette pratique a été documentée depuis 1996 par de nombreuses organisations issues de ces minorités ainsi que par les Nations unies.
Publié à l'occasion de la journée internationale de la femme, un rapport produit par l'association Info Birmanie et sa consœur suédoise le Swedish Burma Committee, relate, en se basant sur les informations et témoignages collectés par les organisations birmanes depuis de nombreuses années, pourquoi le viol est considéré comme une arme de guerre en Birmanie. Le rapport liste les mécanismes qui sont à la disposition des autorités nationales et internationales afin de mettre un terme à cette abomination.
Un rapport publié par la Kachin Women's Association(KWAT) en octobre 2011 montre que l'utilisation du viol comme arme de guerre continue, en dépit de l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement dit civil en mars 2011. Entre juin et septembre 2011, dans l'Etat Kachin et le nord de l'Etat Shan, la KWAT a pu collecter les témoignages de "(…) trente-quatre femmes et fillettes [qui] ont été violées par des soldats de l'armée birmanes ou des par des individus apparentés au régime au pouvoir. Ces viols ont été perpétrés à l'encontre de femmes et de fillettes âgées de 9 à 50 ans. Beaucoup d'entre elles ont été violées de façon répétée, par plusieurs hommes. Au moins quinze des victimes ont été tuées après avoir été violées." Etendue aux territoires karen et shan, la Ligue des femmes birmanes a recensé en 2011 plus de 80 cas de viols, dont 35 femmes exécutées.
Si le gouvernement birman affiche une volonté de changement et de réconciliation nationale, il continue cependant de nier les violations des droits de l'homme systématiques et généralisées commises par l'armée birmane à l'encontre des minorités nationales du pays. Lors d'un entretien avec le journal américain Wall Street Journal, Kyaw San, ministre de l'information et porte-parole du gouvernement birman déclarait : "Il y a beaucoup d'allégation sur la Tatmadaw [nom de l'armée gouvernementale birmane], sur le fait que les forces de l'ordre violent les droits de l'homme, particulièrement à l'encontre des races nationales. Ces accusations concernant les violations des droits de l'homme dans les régions ethniques sont complètement fausses. Il s'agit de campagnes négatives à but politique de l'opposition et d'autres groupes qui sont contre le gouvernement et l'armée."
Malgré les preuves qui s'amoncellent, les appels à la justice et à l'établissement de la vérité portés par les organisations de femmes en Birmanie n'ont pour l'instant pas abouti. Une commission internationale d'enquête, soutenue il y a peu par plusieurs pays dont la France et les Etats-Unis, est aujourd'hui au point mort, la communauté internationale préférant concentrer ses efforts sur le processus d'ouverture politique. Pourtant, comme le rappelle M. Quintana, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Birmanie : "[…] la justice et des mesures assurant la prise de responsabilité et l'accès à la vérité sont essentielles pour que le processus de réconciliation nationale puisse avancer au Myanmar."
La justice et la lutte contre l'impunité ont fait défaut à la population de Birmanie pendant plus de 60 ans, et sont aujourd'hui des composantes indispensables au processus de réconciliation nationale et à la démocratisation qui semblent s'opérer en Birmanie. Combien de femmes devront encore être violées, combien de mères et de fillettes devront être assassinées avant que la communauté internationale ne réagisse ?
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/08/en-birmanie-le-viol-continue-d-etre-utilise-comme-arme-de-guerre-malgre-les-promesses-de-paix_1653519_3232.html
L'espoir est grand, car le changement de cap opéré par les autorités du pays est inédit. En entamant un dialogue avec Aung San Suu Kyi et en réintégrant officiellement son parti au processus politique, les autorités ont ouvert une voie nouvelle. Aung San Suu Kyi et la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) ont ainsi pris la décision de participer aux prochaines élections partielles, qui auront lieu le 1er avril 2012, laissant présager une ouverture politique graduelle envers l'opposition.
Par ailleurs, le 16 janvier dernier le président Thein Sein a accordé une amnistie à environ 300 opposants. Parmi eux se trouvaient les principaux leaders de l'opposition birmane. Malgré les conditionnalités imposées aux prisonniers nouvellement libérés, et le maintien en détention de plusieurs centaines de prisonniers de conscience, ce geste représente la décision la plus significative du président depuis le début de son mandat. Enfin, les autorités ont entamé des pourparlers de paix avec les principaux groupes issus des minorités ethniques, qui se sont soldés par des accords préliminaires de cessez-le-feu.
Face à l'euphorie que déclenchent ces évolutions, l'optimisme prévaut. Pourtant, une autre facette de la réalité birmane semble être ignorée par le monde et ceux qui le dirigent : celle de la situation des minorités ethniques. Plusieurs régions sont encore en proie à une profonde instabilité, des attaques armées continuent d'être perpétrées par des soldats de l'armée birmane, et ce malgré l'ordre donné par le président Thein Sein de mettre un terme à ces attaques. Actuellement, le cas de l'Etat Kachin, au nord du pays, en est l'exemple le plus probant.
Juliette Louis-Servais, chargée de mission du CCFD-Terre Solidaire, revient d'une mission dans cet Etat. Elle témoigne d'exactions graves commises dans le cadre du conflit : "Tous nos partenaires et associations de développement non politisés, ainsi que plusieurs réfugiés m'ont fait état de pillages systématiques des villages, d'attaques contre les civils, d'acte de tortures et de violence sexuelle". 70 000 personnes ont déjà été déplacées par ce conflit qui dure depuis juin 2011 et ne semble pas en voie de s'apaiser. Cette réalité amène à sérieusement relativiser les promesses de démocratie et de paix énoncées par le régime et largement relayées par les médias et les diplomates.
Dans les zones de conflits, qu'ils soient latents ou ouverts, les populations les plus vulnérables sont souvent les femmes et les enfants. Outre le travail forcé et les déplacements de populations, un autre crime ignoble continue d'être commis à leur encontre par les soldats de l'armée birmane, et ce, en tout impunité : l'utilisation du viol et de la violence sexuelle comme arme de guerre. L'utilisation systématique et généralisée du viol par les soldats de l'armée birmane à l'encontre des populations civiles des régions ethniques vise à soumettre et à briser les communautés que les autorités soupçonnent de soutenir les groupes armées de ces régions. Cette pratique a été documentée depuis 1996 par de nombreuses organisations issues de ces minorités ainsi que par les Nations unies.
Publié à l'occasion de la journée internationale de la femme, un rapport produit par l'association Info Birmanie et sa consœur suédoise le Swedish Burma Committee, relate, en se basant sur les informations et témoignages collectés par les organisations birmanes depuis de nombreuses années, pourquoi le viol est considéré comme une arme de guerre en Birmanie. Le rapport liste les mécanismes qui sont à la disposition des autorités nationales et internationales afin de mettre un terme à cette abomination.
Un rapport publié par la Kachin Women's Association(KWAT) en octobre 2011 montre que l'utilisation du viol comme arme de guerre continue, en dépit de l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement dit civil en mars 2011. Entre juin et septembre 2011, dans l'Etat Kachin et le nord de l'Etat Shan, la KWAT a pu collecter les témoignages de "(…) trente-quatre femmes et fillettes [qui] ont été violées par des soldats de l'armée birmanes ou des par des individus apparentés au régime au pouvoir. Ces viols ont été perpétrés à l'encontre de femmes et de fillettes âgées de 9 à 50 ans. Beaucoup d'entre elles ont été violées de façon répétée, par plusieurs hommes. Au moins quinze des victimes ont été tuées après avoir été violées." Etendue aux territoires karen et shan, la Ligue des femmes birmanes a recensé en 2011 plus de 80 cas de viols, dont 35 femmes exécutées.
Si le gouvernement birman affiche une volonté de changement et de réconciliation nationale, il continue cependant de nier les violations des droits de l'homme systématiques et généralisées commises par l'armée birmane à l'encontre des minorités nationales du pays. Lors d'un entretien avec le journal américain Wall Street Journal, Kyaw San, ministre de l'information et porte-parole du gouvernement birman déclarait : "Il y a beaucoup d'allégation sur la Tatmadaw [nom de l'armée gouvernementale birmane], sur le fait que les forces de l'ordre violent les droits de l'homme, particulièrement à l'encontre des races nationales. Ces accusations concernant les violations des droits de l'homme dans les régions ethniques sont complètement fausses. Il s'agit de campagnes négatives à but politique de l'opposition et d'autres groupes qui sont contre le gouvernement et l'armée."
Malgré les preuves qui s'amoncellent, les appels à la justice et à l'établissement de la vérité portés par les organisations de femmes en Birmanie n'ont pour l'instant pas abouti. Une commission internationale d'enquête, soutenue il y a peu par plusieurs pays dont la France et les Etats-Unis, est aujourd'hui au point mort, la communauté internationale préférant concentrer ses efforts sur le processus d'ouverture politique. Pourtant, comme le rappelle M. Quintana, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Birmanie : "[…] la justice et des mesures assurant la prise de responsabilité et l'accès à la vérité sont essentielles pour que le processus de réconciliation nationale puisse avancer au Myanmar."
La justice et la lutte contre l'impunité ont fait défaut à la population de Birmanie pendant plus de 60 ans, et sont aujourd'hui des composantes indispensables au processus de réconciliation nationale et à la démocratisation qui semblent s'opérer en Birmanie. Combien de femmes devront encore être violées, combien de mères et de fillettes devront être assassinées avant que la communauté internationale ne réagisse ?
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/08/en-birmanie-le-viol-continue-d-etre-utilise-comme-arme-de-guerre-malgre-les-promesses-de-paix_1653519_3232.html

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Incertitudes birmanes
Un souffle démocratique souffle-t-il actuellement sur la Birmanie ? Les faits semblent en tout cas le prouver : nouvelle Constitution en septembre 2008 ; libération de plus de 300 prisonniers politiques dont l’icône de l’opposition démocratique Aung San Suu Kyi en novembre 2010 ; légalisation de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, en décembre 2011 ; rencontre entre Aung San Suu Kyi et le chef de la dictature militaire, le général Thein Sein, en août 2011 (photo) ; autorisation donnée à la Ligue nationale pour la démocratie pour participer aux élections législatives partielles du 1er avril prochain… Conséquence de cette dynamique, les dirigeants internationaux se sont bousculés à Rangoon – Hillary Clinton en décembre 2011, Alain Juppé en janvier 2012 – pour s’en féliciter et envisager la levée à terme des sanctions internationales et de l’embargo frappant la Birmanie depuis de nombreuses années pour non-respect des Droits de l’Homme et de la démocratie. Pour autant, un certain nombre de questions demeurent. Pourquoi les forces armées birmanes, dont le pouvoir est incontesté depuis la sanglante répression de l’été 2007, ont-elles ainsi soudainement choisi la voie de la démocratie ? Une telle évolution est-elle sincère ou au contraire, fausse, viciée et intrinsèquement fragile ? Retour sur les causes de l’actuel mouvement de démocratisation en Birmanie et les menaces qui pèsent sur lui.
« IL FAUT QUE TOUT CHANGE POUR QUE RIEN NE CHANGE »
Le célèbre adage de Tancredi Falconeri dans le Guépard résume parfaitement les causes de l’évolution actuelle du régime birman. Si la dictature de Rangoon a entamé une phase de démocratisation et donne l’impression de s’être résignée à abandonner son contrôle total du pays, ce n’est pas par conversion soudaine à la démocratie mais en réalité uniquement pour mieux conserver le pouvoir qu’elle détient actuellement.
Pouvoir politique tout d’abord. Bien qu’ayant installé une dictature très dure, la junte n’a pour autant jamais réussi à couper totalement les Birmans du reste du monde. Dans l’actuelle société mondialisée où l’information circule presque instantanément, la population a rapidement pris connaissance l’année dernière de la chute de dictateurs installés à la tête de leurs pays depuis de nombreuses années et de la possibilité toujours existante pour les peuples de renverser les régimes autoritaires. La junte semble donc avoir voulu prendre les devants et éviter qu’un tel scénario prenne forme à Rangoon, en entamant un processus électoral destiné à montrer à sa population qu’une révolution n’était plus nécessaire, le choix des dirigeants par les urnes étant pour bientôt…
Mais ce que cherchent avant tout à protéger les généraux, c’est leur pouvoir économique et leur fortune. Si la dictature n’empêche pas la junte de prospérer grâce au racket et au trafic, la fortune des dirigeants birmans est néanmoins limitée et fragile. Elle est en effet limitée puisque la dictature isole la Birmanie du reste du monde et des échanges commerciaux internationaux, ce qui entrave son développement économique et partant, les revenus des dirigeants. Elle est en outre fragile car la dictature reste à la merci d’une révolution à l’occasion de laquelle les généraux perdraient tout. La démocratisation du régime permettrait aux généraux de remédier à ces inconvénients. La levée des sanctions internationales qui en résulterait réintégrerait la Birmanie dans le jeu économique mondial et accélérait sa croissance et partant, la fortune des généraux. Surtout, la démocratie, qui reste in fine le régime politique le plus stable qui soit, mettrait l’argent des généraux à l’abri des soubresauts politiques inhérents aux régimes autoritaires… Autrement dit, la junte fait le choix d’abandonner son pouvoir politique pour augmenter et sécuriser son pouvoir économique. Elle préfère cet abandon à la tentation de conserver direction politique et mainmise économique, ce qui supposerait de scléroser le régime, menant alors ce dernier à sa perte et faisant perdre aux généraux tout ce qu’ils ont. Une stratégie à l’opposée de celle des dirigeants nord-coréens en somme… Indéniablement, cette stratégie est pour l’instant couronnée de succès. Ainsi, Hillary Clinton s’est prononcée lors de sa visite à Rangoon en faveur de la levée à terme de l’embargo économique frappant la Birmanie.
La démocratisation en cours repose donc avant tout sur une instrumentalisation de la démocratie par la junte, cette dernière la détournant pour asseoir durablement son contrôle politique, ou au moins économique, du pays. Cette démocratisation est d’autant plus fragile que sa mise en œuvre ne va pas se faire sans difficulté.
UNE DÉMOCRATISATION FRAGILE
Trois menaces principales pèsent sur la démocratisation du régime birman.
La première réside dans l’organisation institutionnelle du pays. La nouvelle Constitution contient en effet un certain nombre de dispositions qui maintiennent la suprématie de l’armée. En vertu du nouveau texte fondamental, 25% des sièges du Parlement sont réservés aux militaires et les ministres de l’Intérieur, de la Défense et des Frontières restent nommés directement par le Chef d’Etat-Major des Armées. En outre, le Chef de l’Etat garde la possibilité de gouverner seul, par décret, sous le régime de l’état d’urgence, qu’il déclare là encore seul et sans contrôle. Autant de dispositions menaçantes pour une jeune démocratie…
La composition ethnique de la population birmane forme la deuxième menace de taille pour la démocratie. La Birmanie regroupe, en sus de la majorité birmane de souche, plus de 130 minorités ethniques avec leurs langues et leurs cultures propres. Elles forment près d’un tiers de la population et occupent plus de la moitié du territoire. Sept « races nationales » sont ainsi reconnues par le gouvernement : Shans, Môns, Karens, Karenni, Chins, Kachin et Rakhine. L’hétérogénéité de cette population a été à l’origine dans le passé de nombreux problèmes intercommunautaires et les minorités ont dû faire face à la violence de la majorité. Aujourd’hui, alors que la majorité soutient le processus démocratique, les minorités s’en méfient car elles craignent que la première profite de son pouvoir retrouvé pour relancer leur répression et leur « birmanisation » forcée. Les minorités réclament au moins une protection véritable, au plus un Etat fédéral. Ces demandes sont rejetées par la majorité qui souhaite un Etat central – de facto aux mains de la majorité – fort. Etonnamment, Aung San Suu Kyi, membre de la majorité, repousse elle aussi ces demandes et soutient la proposition d’un Etat unitaire. Les populations minoritaires sont d’ailleurs extrêmement méfiantes à son égard et contestent l’image de la « Dame de Rangoon », héraut de la démocratie, véhiculée en Occident. On ne peut en tout cas s’empêcher de suspecter la majorité de souhaiter la démocratie pour elle, mais pas pour les minorités : une sorte de démocratie partielle en sorte…
Enfin, l’attitude de la Chine constitue la troisième menace planant sur le mouvement de démocratisation. La Chine est intéressée à un double titre par la situation en Birmanie : elle possède une longue frontière commune avec ce pays et de nombreuses bases navales (Kyaukpyu, Thilawa, station d’interceptions électroniques sur les îles Coco) qui lui donnent un accès direct sur l’Océan Indien. Elle n’a donc aucun intérêt à ce que la situation actuelle évolue trop. Un régime démocratique serait en effet tenté de se rapprocher de l’Occident et de s’allier avec lui ; une installation de bases américaines à la frontière sino-birmane et la fermeture des bases navales de l’Empire du milieu s’en suivraient, ce que veut éviter Pékin à tout prix. Or, actuellement, la Chine détient un pouvoir quasi-absolu sur la Birmanie et peut dès lors la forcer à mettre fin a souffle démocratique. Suite à la mise en place de l’embargo international, les sociétés occidentales se sont pour la plupart retirées du pays, laissant la place aux entreprises chinoises. L’économie birmane est ainsi aujourd’hui passée sous contrôle total de la Chine, qui assure le financement quotidien de la junte en achetant notamment son gaz. Le risque est donc que face à une démocratisation qui avance trop rapidement à son goût, Pékin utilise l’arme du financement pour forcer le gouvernement birman à mettre fin à l’implantation de la démocratie à Rangoon.
http://www.voxeconomica.com/incertitudes-birmanes
« IL FAUT QUE TOUT CHANGE POUR QUE RIEN NE CHANGE »
Le célèbre adage de Tancredi Falconeri dans le Guépard résume parfaitement les causes de l’évolution actuelle du régime birman. Si la dictature de Rangoon a entamé une phase de démocratisation et donne l’impression de s’être résignée à abandonner son contrôle total du pays, ce n’est pas par conversion soudaine à la démocratie mais en réalité uniquement pour mieux conserver le pouvoir qu’elle détient actuellement.
Pouvoir politique tout d’abord. Bien qu’ayant installé une dictature très dure, la junte n’a pour autant jamais réussi à couper totalement les Birmans du reste du monde. Dans l’actuelle société mondialisée où l’information circule presque instantanément, la population a rapidement pris connaissance l’année dernière de la chute de dictateurs installés à la tête de leurs pays depuis de nombreuses années et de la possibilité toujours existante pour les peuples de renverser les régimes autoritaires. La junte semble donc avoir voulu prendre les devants et éviter qu’un tel scénario prenne forme à Rangoon, en entamant un processus électoral destiné à montrer à sa population qu’une révolution n’était plus nécessaire, le choix des dirigeants par les urnes étant pour bientôt…
Mais ce que cherchent avant tout à protéger les généraux, c’est leur pouvoir économique et leur fortune. Si la dictature n’empêche pas la junte de prospérer grâce au racket et au trafic, la fortune des dirigeants birmans est néanmoins limitée et fragile. Elle est en effet limitée puisque la dictature isole la Birmanie du reste du monde et des échanges commerciaux internationaux, ce qui entrave son développement économique et partant, les revenus des dirigeants. Elle est en outre fragile car la dictature reste à la merci d’une révolution à l’occasion de laquelle les généraux perdraient tout. La démocratisation du régime permettrait aux généraux de remédier à ces inconvénients. La levée des sanctions internationales qui en résulterait réintégrerait la Birmanie dans le jeu économique mondial et accélérait sa croissance et partant, la fortune des généraux. Surtout, la démocratie, qui reste in fine le régime politique le plus stable qui soit, mettrait l’argent des généraux à l’abri des soubresauts politiques inhérents aux régimes autoritaires… Autrement dit, la junte fait le choix d’abandonner son pouvoir politique pour augmenter et sécuriser son pouvoir économique. Elle préfère cet abandon à la tentation de conserver direction politique et mainmise économique, ce qui supposerait de scléroser le régime, menant alors ce dernier à sa perte et faisant perdre aux généraux tout ce qu’ils ont. Une stratégie à l’opposée de celle des dirigeants nord-coréens en somme… Indéniablement, cette stratégie est pour l’instant couronnée de succès. Ainsi, Hillary Clinton s’est prononcée lors de sa visite à Rangoon en faveur de la levée à terme de l’embargo économique frappant la Birmanie.
La démocratisation en cours repose donc avant tout sur une instrumentalisation de la démocratie par la junte, cette dernière la détournant pour asseoir durablement son contrôle politique, ou au moins économique, du pays. Cette démocratisation est d’autant plus fragile que sa mise en œuvre ne va pas se faire sans difficulté.
UNE DÉMOCRATISATION FRAGILE
Trois menaces principales pèsent sur la démocratisation du régime birman.
La première réside dans l’organisation institutionnelle du pays. La nouvelle Constitution contient en effet un certain nombre de dispositions qui maintiennent la suprématie de l’armée. En vertu du nouveau texte fondamental, 25% des sièges du Parlement sont réservés aux militaires et les ministres de l’Intérieur, de la Défense et des Frontières restent nommés directement par le Chef d’Etat-Major des Armées. En outre, le Chef de l’Etat garde la possibilité de gouverner seul, par décret, sous le régime de l’état d’urgence, qu’il déclare là encore seul et sans contrôle. Autant de dispositions menaçantes pour une jeune démocratie…
La composition ethnique de la population birmane forme la deuxième menace de taille pour la démocratie. La Birmanie regroupe, en sus de la majorité birmane de souche, plus de 130 minorités ethniques avec leurs langues et leurs cultures propres. Elles forment près d’un tiers de la population et occupent plus de la moitié du territoire. Sept « races nationales » sont ainsi reconnues par le gouvernement : Shans, Môns, Karens, Karenni, Chins, Kachin et Rakhine. L’hétérogénéité de cette population a été à l’origine dans le passé de nombreux problèmes intercommunautaires et les minorités ont dû faire face à la violence de la majorité. Aujourd’hui, alors que la majorité soutient le processus démocratique, les minorités s’en méfient car elles craignent que la première profite de son pouvoir retrouvé pour relancer leur répression et leur « birmanisation » forcée. Les minorités réclament au moins une protection véritable, au plus un Etat fédéral. Ces demandes sont rejetées par la majorité qui souhaite un Etat central – de facto aux mains de la majorité – fort. Etonnamment, Aung San Suu Kyi, membre de la majorité, repousse elle aussi ces demandes et soutient la proposition d’un Etat unitaire. Les populations minoritaires sont d’ailleurs extrêmement méfiantes à son égard et contestent l’image de la « Dame de Rangoon », héraut de la démocratie, véhiculée en Occident. On ne peut en tout cas s’empêcher de suspecter la majorité de souhaiter la démocratie pour elle, mais pas pour les minorités : une sorte de démocratie partielle en sorte…
Enfin, l’attitude de la Chine constitue la troisième menace planant sur le mouvement de démocratisation. La Chine est intéressée à un double titre par la situation en Birmanie : elle possède une longue frontière commune avec ce pays et de nombreuses bases navales (Kyaukpyu, Thilawa, station d’interceptions électroniques sur les îles Coco) qui lui donnent un accès direct sur l’Océan Indien. Elle n’a donc aucun intérêt à ce que la situation actuelle évolue trop. Un régime démocratique serait en effet tenté de se rapprocher de l’Occident et de s’allier avec lui ; une installation de bases américaines à la frontière sino-birmane et la fermeture des bases navales de l’Empire du milieu s’en suivraient, ce que veut éviter Pékin à tout prix. Or, actuellement, la Chine détient un pouvoir quasi-absolu sur la Birmanie et peut dès lors la forcer à mettre fin a souffle démocratique. Suite à la mise en place de l’embargo international, les sociétés occidentales se sont pour la plupart retirées du pays, laissant la place aux entreprises chinoises. L’économie birmane est ainsi aujourd’hui passée sous contrôle total de la Chine, qui assure le financement quotidien de la junte en achetant notamment son gaz. Le risque est donc que face à une démocratisation qui avance trop rapidement à son goût, Pékin utilise l’arme du financement pour forcer le gouvernement birman à mettre fin à l’implantation de la démocratie à Rangoon.
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